Mathieu Bonzom, Sébastien Chauvin (2007)

Les sans-papiers dans les rues étatsuniennes : retour sur les mouvement immigré du Printemps 2006.

La vie des idées 19 (2007): 67-79.

Des manifestations gigantesques à l’ampleur inégalée dans l’histoire américaine, des familles entières défilant pacifiquement dans les rues des grandes villes du pays, des milliers de bannières étoilées agitées devant les caméras de télévision du monde entier au-dessus de foules à la peau foncée : les marches historiques pour les droits des immigrés sans-papiers qui ont marqué le printemps 2006 aux Etats-Unis ont été notées par tous comme un événement sans réel précédent sur le plan quantitatif. Elles ont donné lieu à une flambée de commentaires majoritairement enthousiastes saluant le réveil tant annoncé du « géant endormi » hispanique, désormais première minorité du pays. Les records ont été battus l’un après l’autre : 300 000 personnes à Chicago le 10 mars, 500 000 à Los Angeles le 25 mars, puis à nouveau respectivement 700 000 et 1 million lors de l’apogée des mobilisations le 1er mai. On aurait tort, cependant, de s’arrêter à la seule dimension numérique du mouvement du printemps. Ce serait en effet sous-estimer les innovations proprement qualitatives qu’il a apportées, et la rupture potentielle qu’il a représentée dans les manières traditionnelles de protester aux Etats-Unis.