Sébastien Chauvin (2017)

Les Placards de l’Ethnographe

Ch. 3 in Pierre Leroux et Erik Neveu (dir.), En immersion. Approches ethnographiques en journalisme, littérature et sciences sociales, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2017.

Les ethnographes doivent-ils en dire plus à leur enquêtés que les gens ordinaires dans les situations ordinaires, qui comportent toujours une part d’opacité ? Est-il possible de réaliser une immersion entièrement transparente ou, au contraire, les chercheurs de terrain sont-ils condamnés à rester au moins pour partie « dans le placard », au sens où certains aspects de leur identité, de leurs relations ou de leurs intentions resteraient dissimulés sous un enchevêtrement d’omissions, de présomptions non corrigées et de malentendus non levés ?

Ces questions, qui se posent à toute entreprise de recherche, prennent une dimension autrement personnelle et englobante dans les cas de l’observation participante et de l’immersion de long terme souvent associées à la tradition ethnographique. « Quand le chercheur opère à partir de l’université et ne se rend sur le terrain que pendant quelques heures, il peut séparer sa vie personnelle de sa vie professionnelle », avance William Foote Whyte dans la postface de Street Corner Society. « Mais si le chercheur vit pendant une longue période dans la communauté qu’il étudie, sa vie personnelle est inextricablement mêlée à sa recherche ». Qu’arrive-t-il alors à sa vie personnelle et à sa recherche ? Pour y réfléchir, je reviens sur la notion de placard héritée des études sur le genre et la sexualité et examine les différentes manières dont elle peut s’appliquer à la situation ethnographique.