Sébastien Chauvin (2005)

Les aventures d’une “alliance objective”. Quelques moments de la relation entre mouvements homosexuels et mouvements féministes au XXe siècle

L’homme et la société, 158(4): 111-130.

Les relations entre mouvements féministes et mouvements homosexuels se sont nourries des rhétoriques politiques dominantes de chaque période : l’individualisme libéral dans l’Allemagne de 1904, le gauchisme libérationniste dans la France des années 1970, puis, dans une certaine mesure, le discours des « droits » dans les années 1990, à la fois épaulé et concurrencé, dans les années 2000, par un nouveau radicalisme « queer » qui offre aux féministes et aux militants homosexuels au moins autant de nouveaux points de convergence que de nouvelles occasions de conflit. Mais ces relations ont surtout varié avec les manières dont on a problématisé l’homosexualité et la féminité, et défini les rapports entre « sexe », « genre » et « sexualité » — définitions mouvantes que les mouvements ont eux-mêmes contribué à façonner et à transformer.

Abstract

The relations between feminist movements and homosexual movements have been reinforced by political language dominant in each period : liberal individualism in the Germany of 1904, the libertarian radicalism in France in the 1970s and, to a certain degree, the new “queer” radicalism in the early years of the twenty-first century which offer feminists and homosexual activists new points of contact as well as conflict. These relations are especially differentiated by the ways that homosexuality and feminity are problematized and defined by the relations between “sex”, “gender” and “sexuality” — fluctuating definitions that the movements themselves have helped create and transform.